
Suite à un divorce, l’ex épouse obtient dans le cadre d’une procédure de surendettement la purge d’une créance bancaire qui était commune aux deux époux. Cependant l’ex-mari demeure tenu à la dette et tente de se retourner contre son ex-épouse qui enclenche une nouvelle procédure de surendettement pour purger, une nouvelle fois, cette même créance. Peut-elle y arriver ? L’ex-mari peut-il contester cette nouvelle procédure de surendettement ?
Article :
Il convient de s’intéresser à une jurisprudence qui a été rendue par le Tribunal judiciaire de Draguignan en matière de surendettement des particuliers suivant jugement du 21 mai 2026, N°RG 25/00632.
Une fois n’est pas coutume, nous nous intéressons à une juridiction de premier degré mais qui vient apporter des éclairages intéressants sur la mécanique pouvant exister concernant le droit du surendettement, le sort des créances bancaires et, bien sûr, les liquidations de communauté entre les époux qui sont séparés et qui ont divorcé quant à la survivance sur au moins l’un des époux d’une dette bancaire qui était initialement commune aux deux.
I/ Rappel des faits et procédure :
I-A/ Quels sont les faits ?
Dans cette affaire, le 1er août 2024, Madame B (ex-épouse P), ci-après la débitrice, avait déposé un dossier près la commission de surendettement des particuliers du Var aux fins d’ouverture d’une procédure de surendettement.
Il importe de préciser à ce seul stade qu’il s’agissait de son second dossier de surendettement.
Le 28 août 2024, la commission a déclaré son dossier recevable.
Le 04 décembre 2024, la commission a adopté des mesures imposées consistant en un plan de rééchelonnement des dettes sur une durée maximum de 84 mois, au taux de 0,00% en retenant une mensualité de remboursement de 305 euros, avec un effacement partiel des dettes à l’issue des mesures.
I-B/ sur la contestation du plan de surendettement par l’ex-mari :
Suite à la notification de la décision par la Banque de France à Monsieur P, son ex-mari, le 6 décembre 2024, ce dernier a contesté les mesures par lettre recommandée expédiée le 19 décembre 2024.
Suite à la notification de la décision par la Banque de France à la débitrice le 6 décembre 2024, cette dernière a également contesté les mesures par lettre recommandée expédiée le 8 janvier 2025.
C’est dans ces circonstances que l’affaire se présentait devant le Juge du surendettement du Tribunal judiciaire de Draguignan.
Dans cette affaire, Monsieur P, quant à lui, sollicitait de voir confirmer les mesures fixées par la commission de surendettement concernant la dette de Madame B et de fixer à la somme de 682 euros le montant des mensualités que Madame B devra régler à Monsieur P, outre, bien sûr, une légitime demande au titre de l’article 700 à hauteur de 3 000.00 €.
I-C/ l’argumentaire de l’ex-mari pour contester le surendettement :
En effet, à l’appui de ses demandes, Monsieur P expose qu’à la suite du divorce des époux prononcé le 25 août 2016, il a réglé seul une dette relevant du passif communautaire d’un montant de 98.484,14 euros, relative au solde restant dû d’un crédit immobilier concernant l’ancien domicile conjugal.
Il précise avoir réglé la créance de l’organisme bancaire par le biais d’un plan de surendettement dont il a bénéficié en 2019 sur 24 mois, puis par un remboursement anticipé réalisé en février 2022 pour lequel il a dû souscrire à titre personnel un nouvel emprunt de 56.000 euros.
Aucune opération aux fins de liquidation du régime matrimonial des ex-époux n’étant intervenue, il indique s’être rapproché de Madame B par l’intermédiaire de son conseil, par courrier du 25 mars 2024, en vue d’y procéder de manière amiable, ce qui a conduit son ex-épouse à déposer un nouveau dossier de surendettement.
En réponse aux moyens adverses, il fait valoir que l’effacement de dettes dont Madame B a bénéficié dans le cadre d’un précédent dossier de surendettement a concerné la créance de l’organisme de crédit, mais n’a pu affecter la créance qu’il détient à son égard, tant bien même il s’agirait de la même créance.
Il soutient par ailleurs que, dans le cadre de sa demande de surendettement, Madame B a reconnu lui devoir la somme de 49.242 euros correspondant à la moitié de la somme qu’il a réglée au titre du solde du prêt.
Il indique qu’il entend voir rembourser cette créance dans le cadre d’un plan de désendettement sur le principe duquel il n’est pas opposé, mais dont il conteste les modalités.
A cet égard, il soulève l’absence de bonne foi de la débitrice, au motif de déclarations concernant ses dettes et ses revenus qu’il met en doute.
Il conteste par ailleurs les modalités de désendettement établies par la commission, en ce que le remboursement de sa créance a été placé au second palier du plan, faisant valoir que la différence de traitement qu’il subit, notamment au regard des dettes relatives aux emprunts familiaux, qui lui sont privilégiées, n’est pas justifiée.
Il conteste enfin l’évaluation par la commission de la capacité de remboursement de Madame B, fixée en dernier lieu à 305 euros.
Il rappelle que, dans le cadre d’une analyse antérieure de la situation financière de la débitrice, établie par la commission en date du 28 août 2024, la capacité de remboursement avait été fixée à la somme de 682 euros.
Il estime que la capacité de remboursement de la débitrice a été réévaluée à la baisse sans raison valable.
Madame B, quant à elle, ne partage absolument pas cette analyse.
II/ Sur le lien entre la procédure de surendettement et liquidation de la communauté entre époux :
Fort de son conseil, à savoir votre serviteur, Madame B confirme avoir déclaré lors du dépôt de sa demande de surendettement la créance revendiquée par Monsieur P, mais soutient que cette déclaration ne peut valoir reconnaissance de dette.
Elle indique qu’elle entend désormais en contester le principe et le montant.
A cet égard, elle évoque en premier lieu un défaut de qualité et d’intérêt affectant le droit d’agir de ce dernier, au motif qu’elle a bénéficié d’une mesure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire dans le cadre d’un précédent dossier de surendettement, exposant en substance que cette procédure s’est soldée par une clôture pour insuffisance d’actif prononcée par un jugement rendu le 13 août 2021, entraînant l’effacement de la créance principale de la banque, de sorte que Monsieur P ne peut prétendre dans ces conditions agir par subrogation aux droits de cette dernière.
Par ailleurs, Madame B fait valoir que Monsieur P ne justifie pas de l’existence de la créance qu’il invoque, ni de son montant.
Elle estime que, faute pour les ex-époux d’avoir procédé à la liquidation de leur régime matrimonial, Monsieur P ne dispose d’aucun titre exécutoire constatant une telle créance.
Elle ajoute qu’il ne produit pas les éléments établissant qu’il a remboursé le prêt commun sur ses deniers propres.
A cet égard, il ne produit aucun élément concernant la procédure de surendettement qui l’a concerné en 2019, dans le cadre de laquelle il indique avoir remboursé une partie de la créance de la banque, ni aucun des éléments permettant d’établir que le prêt personnel qu’il a contracté a été affecté au remboursement du solde restant dû à l’égard de ce créancier.
S’agissant des mesures de désendettement, Madame B conteste être de mauvaise foi et confirme qu’elle entend bénéficier de la procédure de surendettement.
Elle détaille sa situation financière et ses revenus et charges et sollicite le bénéfice d’une mesure de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire.
Bien que régulièrement convoqués, les autres créanciers n’ont pas comparu.
Ils n’ont pas non plus fait connaître leurs observations dans le respect des dispositions de l’article R713-4 du code de la consommation.
Le Juge du surendettement répond ainsi à ce débat en plusieurs phases.
II-A/ Sur la recevabilité de la contestation :
Sur le moyen de contestation invoqué par Monsieur P, le Juge du surendettement rappelle qu’il résulte de l’article L 711-1 du Code de la consommation que la recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement est subordonnée à la bonne foi du débiteur, conçue comme une absence de mauvaise foi.
L’absence de bonne foi est en conséquence sanctionnée par l’irrecevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement.
Le juge tient de l’article L.711-1 et de l’article L.761-1 du code de la consommation, le pouvoir de vérifier, le cas échéant d’office, la bonne foi du débiteur.
Il convient de rappeler que la bonne foi est présumée et qu’il appartient au créancier qui s’en prévaut de rapporter la preuve de la mauvaise foi du débiteur.
Le débiteur doit être de bonne foi pendant la phase d’endettement mais aussi au moment où il saisit la commission de surendettement, ce qui implique sa sincérité, et tout au long de la procédure.
La bonne ou la mauvaise foi est appréciée par le juge, au vu de l’ensemble des éléments qui lui sont soumis, au jour où il statue.
En l’espèce, Monsieur P soulève des moyens de mauvaise foi mais n’en tire pas la conséquence procédurale susceptible d’en découler, puisqu’il ne sollicite pas l’irrecevabilité de la débitrice au bénéfice de la procédure de surendettement et conclut au contraire au maintien des mesures imposées, à tout le moins dans leur principe.
Ce dernier sollicitant essentiellement une montée des échéances mensuelles.
De surcroît, aucun des moyens invoqués ne permet de remettre en cause la bonne foi de la débitrice.
En effet, le Juge du surendettement souligne que les créances évoquées sont justifiées au vu du dossier transmis par la commission.
En outre, aucun élément ne permet d’établir que la débitrice aurait omis d’indiquer percevoir des aides au logement.
Enfin, la juridiction ne relève, depuis la décision déclarant le dossier de surendettement recevable, aucun élément de nature à remettre en cause la présomption de bonne foi dont bénéficie la débitrice.
Dans ces conditions, le Juge du surendettement fait le choix de rejeter l’exception de mauvaise foi soulevée par Monsieur P.
II-B/ Sur le montant du passif et la vérification de la créance du Monsieur P
La Juge du surendettement rappelle les dispositions des articles L 733-12 et R 723-7 du Code de la consommation qui viennent rappeler les conditions dans lesquelles la créance a vocation à être admise au passif.
Le Juge rappelle quand même que la demande formée par le débiteur lors du dépôt du dossier de surendettement implique que ce dernier déclare toutes ses dettes, la déclaration ainsi effectuée n’étant pas sans équivoque, de sorte qu’elle ne peut valoir reconnaissance de dette en tant que telle.
Par ailleurs, il n’appartient pas au Juge du surendettement de se déterminer sur une contestation de créance qui relève de la compétence du Juge du fond.
Or, en l’espèce, l’état des créances dressé par la commission de surendettement fait apparaitre une créance de Monsieur P de 49 242.00 € sous la référence « Liquidation de communauté ».
Cependant, les moyens soulevés de part et d’autre imposent au juge de procéder à la vérification de cette créance, et la juridiction estime être en état de statuer au vu des éléments qui lui sont soumis.
Il est constant que la créance ainsi mentionnée consiste en une demande pécuniaire formée par Monsieur P à l’égard de son ex-épouse relevant de l’indivision post-communautaire qui a suivi la dissolution de leur régime matrimonial.
Or, en cette matière, une telle demande ne peut prospérer qu’à l’issue des opérations de liquidation de leur régime matrimonial, établie sur la base d’un état recensant les dettes des copartageants envers l’indivision post-communautaire et les paiements qui ont pu être réalisés pour le compte de celle-ci.
Il est également constant au vu des conclusions concordantes des parties sur ce point que les ex-époux n’ont procédé à aucune opération de liquidation et de partage de leurs intérêts patrimoniaux.
Dans ces conditions, à défaut de produire un état liquidatif, la demande formée par Monsieur P au titre d’une créance relative à l’indivision post-communautaire apparaît prématurée, en ce qu’elle n’est pas établie, dans le cadre d’un partage amiable ou judiciaire, au jour du présent jugement.
Il y a donc lieu d’écarter la créance revendiquée par Monsieur P et la Juge considère que, en l’état, le passif s’établit en conséquence à la somme de 9.683 euros, déduction faite de la créance ainsi écartée (58.925 – 49.242 euros).
Ce qui est une victoire pour Madame B face à l’acharnement de Monsieur P de vouloir lui faire supporter la survivance de cette créance bancaire pour laquelle elle avait pourtant obtenu la purge dans le cadre de la procédure de surendettement.
II-C/ Sur les capacités de remboursement de Madame :
Le Juge s’interroge également sur la question de la capacité de remboursement et rappelle les dispositions des articles L 733-13 et L 731-2 du Code de la consommation.
Le Juge rappelle qu’il est constant que le juge du surendettement, saisi d’une contestation, doit réexaminer la situation du débiteur et statuer au vu des pièces qui lui sont soumises au jour de l’audience.
En l’espèce, Madame B, âgée de 50 ans, est salarié en CDI en qualité de chargée de clientèle.
Elle est divorcée.
La commission a retenu qu’elle avait un enfant à charge, ce qui n’est en l’espèce pas contesté.
Celle-ci est locataire.
La commission avait retenu des ressources qu’elle ventile avec un certain nombre de charges pour lequel nous n’entrerons pas dans les détails sur les capacités financières.
La Juge considère en l’état de l’ensemble des éléments, et c’est un point important car il convient également de souligner que le Juge a la possibilité de modifier l’application du barème de la commission de surendettement pour pouvoir rééchelonner les règlements.
C’est ainsi que le Juge retient effectivement que, compte-tenu des éléments du dossier, il est impossible de retenir la stricte application de ce barème à l’ensemble des ressources de la débitrice qui ne pourrait plus faire face à ses charges courantes.
En effet, le juge comme la commission doit toujours rechercher la capacité réelle de remboursement des débiteurs, eu égard à leurs ressources et à leurs charges particulières.
En conséquence de ce qui précède et compte tenu de ces éléments actualisés, la capacité réelle de remboursement de la débitrice doit être fixée à la seule somme de 229,46 euros par différence entre les ressources et les charges.
II-D/ Sur les mesures de désendettement :
La Juge rappelle au visa des articles L 733-1, L 733-13 et L 733-4 deuxième du Code de la consommation que, lorsque les parties usent de leur droit de contester la décision de la commission renfermant les mesures imposées, le juge se voit investi de la plénitude de ses pouvoirs.
Il lui appartient de prescrire les mesures qui lui paraissent les plus appropriées pour assurer le redressement de la situation du débiteur.
En l’espèce, il résulte des éléments de la procédure que la débitrice dispose d’une capacité de remboursement de 229,46 euros, qui doit être mobilisée au remboursement de ses créanciers de sorte qu’elle ne peut bénéficier d’une mesure de rétablissement personnel.
Dès lors, il convient de modifier les mesures imposées et d’ordonner le report et le rééchelonnement du paiement des dettes dans les conditions qui seront fixées dans le dispositif de la présente décision, qui permettent le remboursement des créances sur une durée totale de 43 mois.
Étant d’ailleurs rappelé et précisé aux lecteurs attentifs que la créance relative à la dette de Monsieur P, relative à une prétendue liquidation de communauté et aux prétendus règlements d’une dette commune, a bien sûr été écartée par le Juge du surendettement.
Le Juge souligne que, compte tenu de l’état d’endettement et de la capacité de remboursement de la débitrice, à l’instar de la commission de surendettement, il convient d’appliquer un taux de 0,00% afin de ne pas aggraver la situation de cette dernière.
Celle-ci bénéficiant ainsi d’une absence totale d’intérêt.
III/ En conclusion l’apport de la jurisprudence étudiée entre droit du surendettement et liquidation de communauté :
Dès lors, cet exemple jurisprudentiel, fusse-t-il de première instance, est extrêmement intéressant car il vient mettre en lumière les conditions dans lesquelles une procédure de surendettement a vocation à être embrassée et ce notamment dans le cadre d’un divorce.
Les époux ont divorcé, le bien commun a été vendu et Madame B avait fait l’objet d’une première procédure de surendettement, laquelle avait prononcé la purge de la dette du crédit immobilier qui n’avait pas été réglé dans le cadre de la saisie immobilière puisque le prix de vente n’avait malheureusement pas couvert l’intégralité de la créance.
Pour autant, celle-ci se retrouve acculée une deuxième fois par cette fois-ci non pas l’établissement bancaire puisque la créance bancaire a été purgée mais bel et bien par son ex-mari qui vient évoquer le fait qu’il aurait prétendument remboursé et qu’il serait donc en droit de lui demander la moitié.
Cet exemple jurisprudentiel montre bien que ce n’est pas pour autant acquis de droit et force est de constater que ce dernier a été mis en difficulté et n’a bien sûr pas obtenu gain de cause, ce qui est effectivement extrêmement satisfaisant.
Article rédigé par Maître Laurent LATAPIE,
Avocat à Fréjus-Saint-Raphaël,
Docteur en Droit, Chargé d’enseignement,














